TranStat : Partager les connaissances du changement climatique

Partager les connaissances du changement climatique – une expérience en Chartreuse

Dans le cadre du projet européen TranStat, piloté par Emmanuelle George (équipe ASTRRE - LESSEM) et visant à faciliter la construction collective de processus de transition pour les territoires de montagne, un cycle de conférences-débats a été organisé en Chartreuse en 2024. Objectif : accompagner l’émergence d’un processus de transition territoriale.

Ces conférences qui se sont tenues dans différents lieux du territoire de la Chartreuse, étaient ouvertes à tout public et avaient pour objectif d’apporter des connaissances sur le changement climatique.  En effet, lors d’une réunion publique le 30 janvier 2024, au cours de laquelle INRAE et UGA présentaient leur vision de la situation de la station de Saint-Pierre-de-Chartreuse/Le Planolet, les participants (habitants, élus, acteurs économiques, associations) ont exprimé des demandes d’approfondissements sur certains sujets en lien avec le changement climatique : la forêt, l’eau et sa gestion ou bien encore l’agriculture et la biodiversité. INRAE a donc sollicité des chercheurs et experts pour faire le point sur les connaissances scientifiques sur une thématique donnée, souligner les réalités dans le territoire de Chartreuse mais aussi pour débattre avec les participants.

TranStat_conférences_2024-2025
Conférence-débats Gilles Escarguel, Entre Deux Guiers, 9-12-24 © TranStat

La première conférence a abordé la question de la forêt : impacts de différents scénarios climatiques sur la distribution des essences forestières, risques phytosanitaires et risques naturels. Frédéric Berger (ingénieur forestier au LESSEM) a présenté les scénarios d’évolution des espèces et leur capacité de résilience, avec par exemple une nette diminution de l’Épicéa et du Douglas dans le massif de la Chartreuse alors que le Robinier faux-acacia sera plus résistant.

La deuxième conférence a traité des défis de l’agriculture et du pastoralisme en Chartreuse face au changement climatique. Émilie Crouzat et Claire Deléglise (chercheuses au LESSEM) ainsi que Laurent Fillion (chargé de mission agriculture au PNR Chartreuse et Conseiller territorial à la Chambre d'agriculture de l’Isère) ont présenté le réseau de suivi-observations des alpages dans les Alpes (Alpages Sentinelles). Ils ont tiré un bilan plutôt positif sur l’adaptation des systèmes agropastoraux de montagne, qui montrent des capacités d’adaptations en termes d’organisation des exploitations agricoles, de complémentarités des surfaces utilisées notamment. Ils ont également montré le développement d’indicateurs de vulnérabilité climatique des systèmes agropastoraux véritables indicateurs d’aide à la décision en contexte mouvant.

Lors de la troisième conférence dédiée à la ressource en eau, Juliette Blanchet (chercheuse à l’Institut des Géosciences de l’Environnement - IGE), Fabien Hobléa (Enseignant-chercheur à EDYTEM - Université Savoie-Mont-Blanc) et Arnaud Buchs (Enseignant-chercheur à PACTE - Université Grenoble Alpes) ont mis en avant les scénarios climatiques autour de l’eau, aux échelles nationales comme locales mais ont également donné leur vision de l’investissement  du  Parc Naturel Régional de Chartreuse  dans la gestion de la ressource en eau, notamment en termes de conflits d’usage et de la concertation comme impératif pour une gestion en commun. 

Enfin, la quatrième et dernière conférence « Climat, biodiversité, humanité : dans quel monde viv(r)ons-nous ?»,  a été l’occasion pour Gilles Escarguel, (Directeur-adjoint LEHNA (Laboratoire d'Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés, Université Claude Bernard Lyon 1) et Bastien Moisan (Chargé de mission Biodiversité du Parc Naturel Régional de Chartreuse) de témoigner  l'effondrement actuel de la biodiversité, dont les montagnes sont des ‘hot spots’, et ses liens avec le changement climatique. Du fait de la déforestation, de la surexploitation, de la pollution, des espèces invasives et des maladies, mais aussi du réchauffement global en cours (+1,5°C en France depuis 1900), de l’intensification des sécheresses, des tempêtes et de la montée des températures, 69 espèces de mammifères ont disparu depuis 1900.  50 % des espèces restantes ont vu leurs effectifs chuter de plus de 60 %, avec des conséquences néfastes pour l'humanité (déstabilisation des écosystèmes, impact sur l'agriculture, la santé, et risque accru de pandémies).

Organisées en soirée, ces conférences ont réuni chacune une moyenne de 50 participants. Elles ont témoigné du rôle de TranStat dans l’expérimentation de formes de productions et d’échanges de connaissances autour du changement climatique, de l’adaptation et de la transition. Plus généralement, ce cycle de conférences a souligné l’intérêt des habitants et acteurs du territoire pour approfondir leurs connaissances, échanger sur des sujets variés en lien avec le changement climatique, en mobilisant leurs expériences personnelles ou leur implication dans le territoire. Il a aussi montré la pertinence de conduire un travail de médiation scientifique pour accompagner l’émergence d’un processus de transition territoriale.