Soutenance de thèse de Anaïs Carrière

Soutenance de thèse de Anaïs Carrière

24 septembre 2026

Site INRAE de Grenoble Saint-Martin d'Hères - 2, rue de la Papeterie - 38402 Saint-Martin-d'Hères

Anaïs Carrière, doctorante au LESSEM sous la direction de Emmanuelle Georges (LESSEM) et de Laura Michel (CEPEL, Université de Montpellier) soutiendra sa thèse le jeudi 24 septembre 2026 à 9h30 en salle Ecrins. Celle-ci s’intitule « (Dés)institutionnaliser l’environnement ? Faire et défaire l’action publique sur le littoral et en montagne ».

Résumé de la thèse :

Assistons-nous à un « backlash écologique » ou à un « recul » de l’environnement dans les politiques publiques ? Croisant la sociologie de l’action publique et la sociologie des institutions, cette thèse analyse les changements institutionnels et politiques les plus récents de la place de l’écologie dans l’action publique. A partir d’une enquête qualitative sur la fabrique territoriale des politiques environnementales dans deux territoires – le massif de Belledonne et le golfe d’Aigues-Mortes – elle s’inscrit dans la continuité des recherches qui étudient l’évolution de l’institutionnalisation de l’environnement en France. 

Cette thèse montre d’abord que l'action publique environnementale est caractérisée par la permanence d'arrangements entre acteurs publics et intérêts privés, ainsi que par une gouvernance des problèmes environnementaux largement structurée par des politiques sectorielles préexistantes. Les enjeux environnementaux ne s’imposent que rarement comme des priorités autonomes : leur problématisation, leur légitimation et leur instrumentation dépendent étroitement des intérêts des acteurs économiques et politiques dominants. Ainsi, loin de constituer un socle robuste et irréversible, l’institutionnalisation de l’environnement a produit des institutions fragiles, structurant progressivement les conditions politiques et institutionnelles de sa remise en cause. 

Sur la base de cette analyse, l’émergence d’un processus de désinstitutionnalisation de l’environnement est ensuite discutée. La situation du massif de Belledonne permet de conceptualiser la désinstitutionnalisation comme étant un processus par lequel un problème public, auparavant reconnu, débattu et pris en charge par l'action publique, perd progressivement sa place à l’agenda public et sa légitimité, et voit ses instruments être détricotés. Tout comme l’institutionnalisation, la désinstitutionnalisation est un processus dynamique, non linéaire, incomplet, partiel et fragmenté. Elle ne conduit pas à un effacement complet de ce qui a été institué et des continuités subsistent aux côtés des détricotages : tandis que certaines dimensions des politiques environnementales sont préservées, d’autres disparaissent ou sont reconfigurées, produisant de nouveaux arrangements institutionnels et rapports de force autour des enjeux climatiques et écologiques. En ce sens, la notion de désinstitutionnalisation permet de rendre compte de changements institutionnels d'ampleur sans négliger les héritages institutionnels.

De plus, la désinstitutionnalisation est loin de constituer le seul horizon des transformations contemporaines de l'action publique environnementale. Au travers du cas du golfe d’Aigues-Mortes, cette thèse examine les processus d'institutionnalisation de l’environnement toujours en cours. En revêtant une forme toujours plus souple et conciliante avec les arrangements politiques, institutionnels et économiques dominants, cette institutionnalisation semble se faire a minima. L’action publique environnementale doit désormais composer avec des conditions d’acceptabilité politique nouvelles qui entravent sa capacité d’innovation et conduisent davantage à défendre et maintenir les institutions existantes qu’à en développer de nouvelles, malgré l'urgence imposée par la situation climatique et écologique.

 

Composition du jury

Cette thèse a été co-encadrée par Emmanuelle George (INRAE-LESSEM, Université Grenoble Alpes) et Laura Michel (CEPEL, Université de Montpellier). Elle sera discutée par un jury composé de :

Anne-Cécile Douillet - Professeure des universités, Université de Lille, CERAPS (rapporteure)

Andy Smith - Directeur de recherche, Fondation nationale des sciences politiques, Sciences Po Bordeaux, Centre Emile Durkheim (rapporteur)

Cécile Blatrix - Professeure à AgroParisTech, Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines, Laboratoire Printemps (examinatrice)

Clémence Guimont - Maitresse de conférence, Université Paris 1 Sorbonne, CESSP (examinatrice)

Simon Persico - Professeur des universités, Sciences Po Grenoble - UGA, PACTE (examinateur)